jeudi 10 février 2011

ﻯυι¢ι∂є

Le suicide n'est pas un acte de lâcheté. Le suicide n'est pas un acte de courage. C'est un acte de désespoir.

Si je vous parle de ce sujet aujourd'hui, c'est parce que d'une part on l'aborde beaucoup dans mes cours, et puis c'est quelque chose d'important. Et parfois méconnu. Mais c'est quelque chose qui peut nous passer par la tête, peu importe qui nous sommes, à un moment ou l'autre de notre vie. Ça touche tout le monde. Alors il faut comprendre pour mieux combattre.

La personne qui se suicide ne veut en fait pas se tuer elle-même en tant que telle: c'est sa souffrance qu'elle veut tuer. Seulement, elle a épuisé toutes les autres solutions qu'elle croit possibles, et faucher sa propre vie devient la seule solution qu'elle voit, car la fin totale est à ses yeux la seule manière d'éradiquer la douleur. Le processus suicidaire est important à détecter, car il peut sauver des vies. Ce processus est fait de 3 étapes: l'idéation, la rumination et la cristallisation. Lors de l'idéation, le suicide n'est qu'un flash, une solution plutôt abstraite parmi tant d'autres encore possibles. Puis, plus le temps passe, plus les solutions possibles envisagées diminuent. Il reste de moins en moins de choix. Mais le suicide est toujours là. Alors moins il y a d'options, plus on y pense. C'est là l'étape de la rumination, lorsqu'il n'y a plus que quelques choix. On y pense de plus en plus, on songe à des choses morbides, bref, ça nous travaille. Finalement, lorsque le suicide nous apparaît comme étant la seule option possible, c'est la cristallisation. Notre idée se cristallise, se fige sur ce choix. La personne a l'intention de passer à l'acte. C'est là que ça devient urgent. Et si la personne a un ou plusieurs aspects du ''COQ'' (comment, où, quand passer à l'acte) - et plus particulièrement le ''quand'', qui vient beaucoup ajouter à l'urgence - il n'y a pas une minute à perdre.

La personne en crise suicidaire ne pense plus de manière rationnelle. Elle est guidée par ses émotions, ses impulsions. C'est pourquoi il est bon de connaître quoi lui dire ou non dans ces moments. Point capital, il ne faut pas la juger, ni la rejeter, ni dire qu'elle ment. Il ne faut pas tenter de rationaliser ou de minimiser ses problèmes: vu de l'extérieur, c'est toujours différent. On ne peut pas juger de la souffrance d'autrui. Chaque humain a son propre vécu qui vient teinter la vision qu'il a de chaque chose; c'est très important à comprendre. Il faut rapidement trouver les points positifs de sa vie. Il faut l'inviter à s'exprimer, et l'aider à se détendre. Il faut contacter ses proches et, si on a à la laisser seule, on lui fait signer un contrat de non-suicide. Ça peut sembler idiot, mais ça a déjà sauvé des vies. Il faut être directif, lui donner des choses à faire à court terme, pour gagner du temps, afin qu'elle puisse être prise en charge, et afin qu'elle puisse se concentrer sur autre chose. Il ne faut surtout pas la laisser seule trop longtemps. On lui assure qu'on restera là pour elle, peu importe ce qui arrive.

Pour finir, le suicide, c'est l'aboutissement de plusieurs choses. L'accumulation de facteurs prédisposants (trouble mental, problèmes familiaux, isolement social, etc.) et d'un ou plusieurs facteurs précipitants (agression sexuelle, rupture, événement grave). Même si parfois ça arrive à cause d'une chose minime, c'est que ça a seulement été la goutte qui a fait déborder le vase. Et puis, ce qui peut nous sembler minime à nous peut être la fin du monde pour un autre. Derrière chaque personne, ainsi que chaque acte suicidaire, il y a une histoire. Il y a donc un déroulement, et une manière d'intervenir dans celui-ci. Parce que même si le début et le déroulement font prévoir une fin tragique... Il y a toujours moyen d'avoir un happy ending. Toujours.

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